AUTO - RÈGLES D’OR POUR UNE FEMME EN OR | Federation Internationale de l'Automobile

AUTO - RÈGLES D’OR POUR UNE FEMME EN OR

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16.01.19

Vanessa Low prend sa revanche sur une blessure qui a changé sa vie, avec une médaille d’or paralympique. Un récit poignant de détermination, de confiance en soi et de volonté. Aujourd’hui, elle apporte son soutien à la campagne #3500LIVES de la FIA pour réduire le nombre de victimes de la route, avec un message fort : dans un monde plein de distractions, la concentration est primordiale.

Pourquoi pensez-vous qu'une campagne comme celle-ci, qui vise à faire passer des messages simples de sécurité routière à un public mondial via l'espace d'affichage disponible, est importante ?


Il est si facile de se laisser entraîner dans des routines, d'effectuer des tâches en mode pilote automatique, que nous perdons conscience du monde qui nous entoure, ce qui peut être très dangereux dans la circulation. Je crois que les panneaux publicitaires ont le pouvoir d'attirer notre attention et de nous rappeler ces règles simples qui peuvent sauver la vie des gens autour de nous ainsi que la nôtre.

Le message que vous faites passer en tant qu'ambassadrice #3500LIVES s'adresse aux conducteurs pour qu'ils " soient toujours attentifs ". Ce message est-il plus pertinent que jamais en raison de l’omniprésence des téléphones mobiles, des niveaux croissants de distraction dans les voitures et du nombre croissant de piétons et d'usagers de la route vulnérables ?

Une partie importante de notre vie passe par le téléphone de nos jours. Nous semblons tous être de plus en plus occupés et avoir de la difficulté à faire face à notre charge de travail, à nos rendez-vous et à nos échéances. Ce que beaucoup de gens oublient, c'est qu'aucun courriel ou appel téléphonique ne pourrait jamais être plus important qu'une vie, que nous mettons en préil lorsque nous sommes distraits en conduisant. Lorsque nous sommes coincés dans les embouteillages et que nous ressentons le besoin d'accéder à ce temps apparemment perdu, nous devons nous rappeler qu'il est essentiel de prêter attention à la tâche en cours, la conduite, pour nous assurer d'arriver en toute sécurité. Et cela doit primer en toutes circonstances sur un appel téléphonique, les mails ou encore les réseaux sociaux.

Les athlètes ont l'habitude de se concentrer intensément pendant les épreuves et de développer leur capacité à se concentrer sur la tâche à accomplir, à l'exclusion de toute autre tâche. Existe-t-il des techniques que vous pourriez appliquer à la conduite ou s'agit-il simplement de minimiser les influences extérieures ?

Il est essentiel d'être concentré et tout à ce que je fais pour concourir à mon meilleur niveau. Lorsque je m'aligne pour un saut, souvent devant une foule énorme et dans le bruit, je dois être capable de me détacher de tout, même du passé, comme les blessures et les échecs passés, et de tout ce qui peut arriver dans l'avenir, comme passer à côté d’une médaille, perdre des financements et toutes les conséquences que l'échec ou le succès peuvent entraîner. Être pleinement concentré est quelque chose qui nécessite de l’entraînement, comme n'importe quel muscle. Je participe à des cours de yoga et de méditation où j'apprends à me concentrer sur ma respiration, à éteindre le bruit dans ma tête et à être dans le moment présent. C'est vraiment incroyable de voir combien le monde change quand on apprend à être dans le moment présent, et pas seulement dans le sport. Nous faisons l'expérience de la vie à un niveau beaucoup plus profond. J'ai appris à structurer ma journée de façon plus efficace, de sorte que je n'ai plus le réflexe de faire plusieurs choses à la fois, mais plutôt de concentrer toute mon attention sur une tâche à la fois.

Avez-vous déjà eu une expérience personnelle des autres problèmes de sécurité soulignés par la campagne : ceinture, respect du code de la route, port du casque, respect des limites de vitesse, conduite sobre, attention permanente, protection des enfants, pause en cas de fatigue, etc ?

Quand j'étais jeune, j'ai failli perdre mon père dans un grave accident de voiture. On s’était arrêté sur la bande d’arrêt d’urgence à cause d’un problème technique et un chauffeur de camion fatigué a quitté sa voie et s'est écrasé dans la voiture, alors que mon père était couché dessous pour essayer de régler le problème. Cet accident aurait pu lui être fatal, et cela montre l'extrême danger de conduire en étant fatigué.

Vous avez eu un accident de train qui a changé votre vie alors que vous n’aviez que 15 ans. Existe-t-il des parallèles entre ce qui vous est arrivé et ce qui arrive aux victimes d'accidents de la route au regard des blessures graves que vous avez eues, et qui impactent non seulement l’intégrité personnelle mais la vie de toute une famille ?

J'ai perdu mes jambes à la suite d'un accident qui aurait pu être évité si les gens avaient fait attention. L'accident n'a pas seulement eu un impact énorme sur ma propre vie, mais aussi sur celle de tous ceux qui m'entourent, comme ma famille et mes amis. Bien que j’en ai subi les conséquences physiques seule, mes proches ont dû adapter leur mode de vie pour me soutenir tout en faisant face à leur propre douleur émotionnelle. La sécurité routière et le respect de règles simples, c'est donner à chacun la meilleure chance de rentrer chez lui en toute sécurité, auprès de ses proches.

Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de vous lancer dans l'athlétisme, à quel point a-t-il été difficile d'entreprendre ce processus et quels ont été les principaux défis auxquels vous avez dû faire face en cours de route ?


Le sport a toujours été une partie importante de ma vie, il a toujours été une question de santé physique et mentale pour moi. Après avoir perdu mes jambes et passé des mois à l'hôpital, mon plus grand désir était de reprendre une vie normale, de participer de nouveau à la société et de retrouver la santé. J'ai dû reprendre mes marques pas à pas, retrouver confiance en moi et en mes propres capacités, et le sport s'est avéré être un outil formidable pour gagner non seulement en force physique, mais aussi en confiance en moi et aborder une relation saine avec mon nouveau corps. L'athlétisme a donné à ma vie une direction et un but, une chose pour laquelle me battre et il s’est avéré que j’étais douée pour ça. Le plus grand défi a toujours été - et l'est encore parfois - l'accès à la technologie qui est nécessaire non seulement pour avancer à un niveau compétitif, mais qui est essentielle au quotidien. Les prothèses de jambes sont encore très chères et souvent non couvertes par les assurances, même dans la plupart des pays occidentaux.

Pouvez-vous décrire ce que ça vous a fait de gagner la médaille d'or au saut en longueur aux Jeux paralympiques de 2016 à Rio ?

Gagner une médaille d'or à Rio était vraiment spécial à bien des égards. Lorsque j'ai repris la course à pied après mon accident, personne ne croyait que c'était une bonne option pour moi, en raison de la grosse déficience physique que j'avais, et encore moins pour être compétitive dans un groupe d'athlètes qui ont tous perdu une jambe de moins que moi. J'ai subi beaucoup de défaites en cours de route, sur la piste et en privé, et j'ai pris la décision de déménager aux États-Unis pour devenir athlète à temps plein, ça a changé ma vie. J'ai dû vivre sur mes économies pendant plusieurs années, financer mes jambes de course et m'entourer d'un groupe de gens qui croyaient en moi et en ma vision au moins autant que moi.
Cette étape n'a pas seulement changé ma vie d'athlète, elle a changé ma vie sur plein d’aspects. J'ai appris à croire en moi en tant que personne et à croire en mes propres décisions. Gagner remporter l'or après tous les sacrifices que j'ai faits a été vraiment incroyable et montre à quel point il est important d’écrire sa propre histoire, de se donner les moyens de dépasser des limites qui semblent pourtant clairement définies, de défendre ses convictions et de réaliser son plein potentiel. Je dis toujours que mon histoire n'a jamais porté sur mes adversités et sur les circonstances, mais sur les choix que j'ai faits en cours de route. Ma médaille d'or à Rio en est le symbole.

Vous avez également remporté la médaille d'or de saut en longueur aux Championnats du monde de l'année précédente à Doha et avez obtenu l'argent au 100 mètres à Rio et à Doha. Quelle est votre épreuve préférée - le saut en longueur ou le 100m ?

Les deux événements ont leurs points positifs. J'adore le frisson du 100 mètres - une chance de montrer tout ce pour quoi vous vous êtes entraîné en moins de 15 secondes - mais j'aime aussi la résilience mentale et la force d'esprit dont vous devez faire preuve tout au long d'une compétition de saut en longueur - en vous recentrant après chaque saut, que vous soyez en tête ou dernier. Mon amour réside vraiment dans le sport dans son ensemble. Les Jeux paralympiques sont uniques. Chaque personne qui s'y trouve a une histoire de grande adversité, mais encore plus de courage. Il montre vraiment le pouvoir du sport sous toutes ses formes, en rassemblant les gens au-delà des barrières linguistiques, des différences politiques et religieuses et au delà du handicap.

Vous avez choisi de ne pas participer au Championnat du monde d'athlétisme para-sportif à Londres en 2017 afin de vous concentrer sur les Jeux olympiques de Tokyo en 2020. Comment se déroulent vos préparatifs ?

Après Rio, j’ai compris que pour poursuivre ma carrière, je devais faire une bonne rééducation suite à une fracture de stress dans le bas du dos. Le problème s'était empiré au fil des ans et j'ai donc pris une année entière pour modifier mes habitudes de marche et de course et pour développer mes muscles dans différents domaines afin d'obtenir un système équilibré qui soutienne correctement mon dos. Après ma rééducation, je peux enfin reprendre plaisir à courir et à m'entraîner, sans douleur. J'ai eu la chance de construire une base solide et de retrouver un corps sain qui me mènera jusqu'à Tokyo 2020, mais aussi jusqu'à la fin de ma vie, après le sport. C'était formidable d'avoir eu un an pour me remettre en forme et faire des progrès dans mon entraînement sans avoir à m'inquiéter de la compétition.
Je suis désormais dans les meilleures dispositions possibles, mentalement et physiquement, et j'ai vraiment hâte d'y aller pour montrer ce dont je suis capable et repousser certaines limites. L'année prochaine, le Championnat du Monde à Dubaï sera une bonne épreuve pour moi en attendant Tokyo 2020, après avoir été loin des grandes compétitions pendant un moment, et je suis fin prête.

L'accent est mis sur la création d'une plus grande accessibilité pour les conducteurs handicapés dans le sport automobile, et la FIA a récemment créé une commission sur le handicap et l'accessibilité. Quels conseils donneriez-vous en ce qui concerne le développement de l’autonomie des compétiteurs handicapés, qui pourraient avoir de la difficulté à être acceptés dans le sport qu'ils ont choisi ?

Je crois que la communication est cruciale dans les situations où des personnes ayant des capacités différentes travaillent ensemble. Le fait d'être ouvert sur vos besoins individuels, vos difficultés et vos limites actuelles jette les bases d'une relation satisfaisante des deux côtés. Il est important de garder à l'esprit que toutes les personnes impliquées veulent la même chose, une concurrence stimulante mais équitable. Après tout, le sport est là pour rassembler les gens, quelles que soient leurs capacités individuelles.